La carte des vins arrive sur la table, les plats sont choisis… et soudain plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de références apparaissent. Régions, appellations, cépages, millésimes : choisir un vin au restaurant peut rapidement devenir intimidant, surtout lorsque toute la table attend votre décision.
Bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire de connaître tous les domaines de Bourgogne ou tous les millésimes de Bordeaux pour faire un choix pertinent.
Quelques questions suffisent généralement : qu’allons-nous manger ? Quel style de vin aimons-nous ? Quel budget souhaitons-nous consacrer à la bouteille ? Avons-nous envie d’une valeur sûre ou d’une découverte ?
Le restaurant est justement un excellent endroit pour sortir de ses habitudes et découvrir un vin que l’on n’aurait peut-être jamais choisi seul.
Comment lire une carte des vins sans se perdre ?
Une carte peut être organisée par couleur, région, appellation, style ou parfois directement selon les plats proposés par le restaurant.
Avant de regarder chaque référence une par une, commencez par identifier sa logique.
Commencer par la couleur… sans en faire une règle absolue
Rouge, blanc, rosé ou effervescent constitue évidemment un premier repère. Mais évitez de vous enfermer trop vite dans les automatismes du type :
- viande = rouge
- poisson = blanc.
Les accords mets-vins sont généralement plus subtils. La sauce, la cuisson, les condiments et la texture du plat peuvent être aussi importants que l’ingrédient principal.
Une volaille accompagnée d’une sauce crémeuse n’appellera pas nécessairement le même vin qu’une volaille grillée. De la même manière, certains poissons peuvent très bien accepter un rouge léger et peu tannique.
Repérer quelques informations simples
Sur une carte classique, vous retrouverez généralement :
- le nom du domaine ;
- l’appellation ;
- la région ;
- le millésime ;
- parfois le cépage ;
- et bien sûr le prix.
Inutile de tout connaître. Ces informations servent surtout à donner quelques repères et à faciliter la discussion avec le sommelier.
Étape 1 : commencez par définir ce que vous aimez
Plutôt que de chercher immédiatement une appellation connue, commencez par votre goût.
Préférez-vous :
- un vin frais et vif ou plus ample ?
- quelque chose de léger ou plus structuré ?
- beaucoup de fruit ou davantage d’évolution ?
- un vin plutôt tendu ou généreux ?
- un élevage discret ou des notes boisées plus présentes ?
Ces quelques indications sont souvent beaucoup plus utiles à un sommelier que le nom d’une appellation que vous avez appréciée une seule fois il y a plusieurs années.
En dégustation, je trouve toujours plus intéressant de partir des sensations recherchées plutôt que d’essayer absolument de mettre un nom sur le vin avant même de l’avoir goûté.
C’est aussi une bonne façon de découvrir de nouvelles régions viticoles sans sortir complètement de ses préférences.
Étape 2 : fixez votre budget sans vous sentir gêné
La question du prix est parfois le moment le plus inconfortable.
Pourtant, indiquer son budget au sommelier n’a rien d’embarrassant. Au contraire : cela lui permet de faire correctement son travail.
Vous pouvez simplement lui indiquer une fourchette de prix ou lui montrer discrètement une bouteille située dans la zone de budget souhaitée.
Par exemple : « Nous recherchons quelque chose dans cet esprit et autour de ce prix. »
Cela évite les malentendus et permet au professionnel de chercher la référence la plus intéressante dans votre budget.
Et surtout, ne pensez pas qu’une bouteille plus chère sera automatiquement meilleure pour votre repas. Le plaisir d’un accord dépend d’abord de sa cohérence et de vos goûts.
Certaines appellations moins célèbres ou certaines cuvées confidentielles peuvent offrir de très belles découvertes.
Étape 3 : choisissez le vin avec le plat… mais regardez surtout sa préparation
C’est probablement le conseil le plus important.
Quand je réfléchis à un accord, je ne m’arrête jamais uniquement à l’ingrédient principal.
La sauce change souvent complètement l’accord
Prenons une viande.
Une viande grillée, une viande mijotée et une viande accompagnée d’une sauce aux champignons n’appellent pas nécessairement le même vin.
Le même principe vaut pour les poissons, les légumes ou les fromages.
Si vous souhaitez approfondir ces associations, découvrez quel vin déguster avec une viande, les accords vins et poissons ou encore quel vin avec le fromage.
L’intensité du vin doit répondre à celle du plat
Un plat très délicat peut être écrasé par un vin particulièrement puissant.
À l’inverse, un vin très léger risque de disparaître face à une sauce riche ou à une cuisine fortement épicée.
Il faut donc chercher un équilibre.
Et parfois, les meilleurs accords viennent justement de choix moins évidents.
Étape 4 : faites du sommelier votre allié
Le sommelier n’est pas là pour tester vos connaissances.
Son rôle est justement de vous aider à trouver un vin correspondant au repas, à vos goûts et à votre budget.
Trois informations suffisent généralement pour commencer :
- les plats que vous avez choisis ;
- le style de vin que vous aimez ;
- votre budget.
Vous pouvez ensuite préciser si vous recherchez une valeur sûre ou si vous êtes prêt à faire une découverte.
Personnellement, j’aime beaucoup cette deuxième possibilité.
Une carte de restaurant est parfois l’occasion idéale de goûter une appellation méconnue, un cépage inhabituel ou le travail d’un vigneron que l’on ne rencontrerait pas forcément chez son caviste habituel.
Le vin devient alors réellement un moment de découverte et d’échange.
Bouteille ou vin au verre : que choisir ?
Le vin au verre a considérablement élargi les possibilités d’accords au restaurant.
Le vin au verre est intéressant lorsque…
- les convives ont choisi des plats très différents ;
- vous souhaitez changer de vin entre l’entrée et le plat ;
- vous voulez découvrir plusieurs régions ;
- vous êtes peu nombreux ;
- vous ne souhaitez pas commander une bouteille entière.
Il permet aussi de tester un accord auquel vous n’auriez pas forcément pensé.
La bouteille reste intéressante lorsque…
- plusieurs personnes souhaitent boire le même vin ;
- les plats de la table sont relativement proches ;
- le vin peut accompagner plusieurs étapes du repas ;
- vous souhaitez prendre le temps de voir son évolution dans le verre.
Il n’y a donc pas un choix meilleur que l’autre : cela dépend surtout du repas et de la table.
Une seule bouteille pour toute la table : est-ce toujours possible ?
C’est souvent là que les choses se compliquent.
Une personne commande du poisson, une autre une viande, une troisième un plat végétal…
Plutôt que de chercher l’accord parfait avec chaque assiette, recherchez alors un vin suffisamment polyvalent.
Certains blancs structurés, certains rouges légers ou des vins possédant une belle fraîcheur peuvent traverser plusieurs plats avec beaucoup d’élégance.
Et si les choix sont vraiment incompatibles, le vin au verre devient probablement la meilleure solution.
Pourquoi vous fait-on goûter le vin avant de le servir ?
Quand le serveur vous présente la bouteille puis verse une petite quantité dans votre verre, il ne s’agit pas réellement de vous demander : « Est-ce que finalement ce vin vous plaît ? »
Cette dégustation sert avant tout à vérifier que le vin ne présente pas de défaut manifeste.
Le plus connu est évidemment le goût de bouchon, mais d’autres problèmes de conservation ou d’évolution peuvent également altérer une bouteille.
Si le vin est sain mais simplement différent de ce que vous imaginiez, cela ne constitue normalement pas une raison pour le refuser.
En cas de doute, échangez simplement avec le sommelier.
Température, carafage : ces détails peuvent transformer le vin
Même une excellente bouteille peut sembler décevante lorsqu’elle est mal servie.
Un vin blanc trop froid aura tendance à perdre une partie de ses arômes. À l’inverse, un rouge servi trop chaud pourra donner une impression plus alcooleuse et moins équilibrée.
Le carafage peut également modifier considérablement l’expression de certains vins.
Il ne faut donc pas hésiter à demander conseil sur la manière de bien servir le vin : température et carafage, notamment lorsque vous choisissez une bouteille plus évoluée ou particulièrement structurée.
Les erreurs à éviter lorsque vous choisissez un vin au restaurant
1. Choisir uniquement une appellation que vous connaissez
Une grande appellation constitue un repère rassurant, mais elle peut aussi vous faire passer à côté de découvertes beaucoup plus intéressantes.
2. Appliquer systématiquement « rouge avec viande, blanc avec poisson »
C’est une règle beaucoup trop simpliste.
La préparation du plat est souvent plus déterminante que l’ingrédient principal.
3. Ne pas annoncer votre budget
Le sommelier ne peut pas deviner la somme que vous souhaitez consacrer à la bouteille.
Être clair permet souvent d’obtenir un conseil plus précis.
4. Penser que le vin le plus cher sera forcément le meilleur choix
Prix et adéquation avec le repas sont deux choses différentes.
Une bouteille modeste mais parfaitement accordée donnera souvent davantage de plaisir qu’un vin prestigieux mal choisi.
5. Négliger la sauce
C’est probablement l’une des erreurs les plus fréquentes.
Le vin accompagne le plat dans son ensemble, pas seulement la viande ou le poisson qui se trouve au milieu de l’assiette.
6. Avoir peur de poser des questions
Il n’existe pas de « mauvaise question » lorsque l’on découvre le vin.
Dire simplement « j’aime les vins frais et fruités » est souvent beaucoup plus utile que d’essayer d’utiliser un vocabulaire technique que l’on ne maîtrise pas.
La méthode express en 5 questions
Devant une carte des vins, cinq questions permettent déjà d’éliminer une grande partie des hésitations :
- Qu’allons-nous manger ?
- Quel style de vin avons-nous envie de boire ?
- Quel budget souhaitons-nous consacrer au vin ?
- Préférons-nous une valeur sûre ou une découverte ?
- Un seul vin peut-il accompagner l’ensemble de la table ?
Si vous connaissez les réponses à ces cinq questions, le choix devient généralement beaucoup plus simple.
Et lorsqu’une hésitation persiste, il ne reste plus qu’à demander au sommelier de vous faire une proposition.
Questions fréquentes
Comment choisir un vin au restaurant quand on n’y connaît rien ?
Commencez par vos goûts plutôt que par les appellations : vin léger ou puissant, frais ou généreux, fruité ou plus évolué. Ajoutez les plats choisis et votre budget : le sommelier disposera déjà des principales informations nécessaires.
Comment annoncer son budget au sommelier ?
Vous pouvez donner directement une fourchette ou lui montrer une bouteille de la carte située autour du prix souhaité. Il n’y a aucune gêne à avoir : le budget fait partie intégrante du conseil.
Faut-il choisir le vin avant ou après les plats ?
Dans la plupart des cas, il est plus simple de choisir les plats d’abord. Leur cuisson, leurs sauces et leurs accompagnements permettent ensuite d’orienter plus précisément le choix du vin.
Peut-on demander à goûter un vin avant de commander une bouteille ?
Pour un vin proposé au verre, cela peut parfois être possible selon l’établissement. Pour une bouteille fermée, la petite quantité servie après ouverture permet surtout de vérifier que le vin ne présente pas de défaut.
Le bon vin est avant tout celui que l’on prend plaisir à partager
Choisir son vin au restaurant ne devrait jamais devenir une épreuve.
Une carte est avant tout une invitation à découvrir : des régions, des cépages, des vignerons et parfois des associations auxquelles on n’aurait pas pensé.
Le bon vin n’est donc pas nécessairement la bouteille la plus prestigieuse de la carte. C’est celui qui convient au repas, aux goûts des convives et au moment que vous avez envie de partager.
Cette approche de la dégustation, à la fois pédagogique et conviviale, est au cœur de Les Vins Dévoilés. À travers les dégustations et les déjeuners ou dîners œnologiques de prestige, Gaël Herrouin, courtier-juré-expert en vins, propose justement de comprendre les accords en les expérimentant, avec des vins parfois classiques, parfois plus rares, mais toujours choisis pour ce qu’ils ont à raconter.