Si vous regardez des séries étrangères de temps à autre, vous aurez observé que whisky, bière et vin coulent à flot. De Dallas à Narcos, ça dégaine et picole à la moindre occasion. Nous, français, plutôt adeptes du vin à table, avons diminué notre consommation d’alcool par 3.5 en 60 ans. Nous consommons en moyenne désormais 1 verre de vin par jour. Quels sont les gagnants, les perdants et les surprises dans ce revirement de modes de consommation ?
Nous apprécions de plus en plus la bière, les bulles, le rosé, les vins bio, et plutôt riches en alcool. Nous continuons aussi à mal gérer notre consommation
La France est le 1er pays consommateur de vin au monde par habitant (diable !) mais à la 18ème place au rang de la consommation d’alcool (ouf !). Forcément, au pays du vin, notre mix de consommation est très largement orienté sur ce type de boisson.
La part des boissons alcoolisées apéritives diminuent (c’est moins le cas des alcools blancs et whiskys) en faveur du verre de vin clair.
Un rééquilibrage s’est effectué. La bière progresse, surtout chez les plus jeunes. La consommation de la « gente féminine » équilibre de plus en plus la diminution de consommation chez les hommes.
Surtout l’image des femmes n’aimant que les rosés et les vins liquoreux est révolue. Au sein de mes clubs de dégustation, je constate leur intérêt croissant pour les vins rouges… et pas toujours pour les plus légers.
Le hic serait plutôt dans la façon de consommer. Au-delà de 2 verres par jour, les risques, notamment cardio-vasculaires, augmentent très rapidement. S’abstenir toute la semaine pour tout concentrer le temps du weekend s’avère une nouvelle attitude occasionnelle contre-productive. En dépit du discours hygiéniste latent, visant les consommateurs réguliers, une consommation journalière minime (1 à 2 unités d’alcool par jour et pas tous les jours) est donc à privilégier.
La hausse du degré d’alcool inquiète ? Pourtant accuser seul le réchauffement climatique est une excuse facile ! Nous, consommateurs, sommes les premiers contributeurs à cette hausse. Buvant moins, nous sommes de plus en plus attirés par des vins « démonstratifs ».
Sur le papier, les vins de Bourgogne bénéficient d’une jolie côte en France. Pourtant ce sont des vins sudistes (Languedoc et Vallée du Rhône) qui l’emportent souvent, au final, en dégustation. De même, mettez un Bordeaux à 12.5 % vol. face à un Bordeaux à 14.5 sur une table. Aucun doute, la version à 14.5 sera « sifflée » bien plus rapidement.
On m’interroge aussi souvent sur la capacité de garde des vins. Nombreux sont ceux qui me disent, « Moi, je garde les vins » ! Pourtant 75% des vins sont consommés avant leur 5ème anniversaire. L’acidité, la sensation tannique dérangent. Les vignerons l’ont bien compris, vinifiant des vins prêts à boire de plus en plus tôt. Aujourd’hui quand je sers un verre de vieux Bourgogne, par manque d’expérience du bouquet de ces vins rouges, j’ai souvent droit à la grimace.
En même temps, nous plébiscitons l’achat de vins bio, biodynamiques ou natures. Etrange ! Nous souhaitons des vins sans aspérité, tout en sollicitant que les vignerons élaborent des vins avec un minimum de chimie corrective.
En moins de 10 ans, je constate un changement de discours. Nombreux sont ceux qui craignaient les vins bio. Certains avaient été rebutés par des vins déviants aromatiquement, par absence de maîtrise de la réduction de l’usage du soufre. Aujourd’hui une majorité des vins bio sont de bonnes factures et répondent aux besoins des consommateurs (au passage, et pour faire taire les « grincheux », la France se place au second rang mondial de conversion en viticulture bio). Ces vins « propres » sont par leur complexité, leur équilibre, les meilleurs arguments pour nous instruire et lutter face à la standardisation des vins, malheureusement largement en cours.
La surprise vient surtout de la folie qui a gagné les français, et dans une moindre mesure le reste du monde, pour les vins rosés : 30% des bouteilles achetées en France en 2019 étaient des vins rosés. Le tiers de la production mondiale de rosé est consommé dans notre pays.
Je sais qu’il est de bon ton d’affirmer que le vin rosé est un vin de troisième classe. Mais l’évidence est là ! Les progrès accomplis dans la maitrise des températures en vinification ont largement contribué à l’amélioration des vins rosés. Par ailleurs, leur nouvelle aura a incité les vignerons dans une quête de qualité sans cesse grandissante.
Si honnêtement, je suis plus adepte de vins blancs, qui selon moi sont les vins les plus techniquement difficiles à réaliser, la nouvelle palette des vins rosés offre aujourd’hui des plaisirs parfaitement recevables.
Une autre typologie de vins a aussi largement progressé, les « bulles ». A chaque crise, on nous annonce que Prosecco et Cava vont détrôner Champagne. Mauvaise pioche ! Champagne connait en ce moment une demande tellement forte que certaines cuvées sont déjà, avant les fêtes, en rupture de stock.
Champagne progresse, mais tous les effervescents dans leur ensemble sont à la fête. La réussite de Prosecco est « insolente », succès du Spritz oblige, avec une multiplication des ventes par 8 en dix ans en France. Mais le vignoble de la Loire connait aussi un franc succès, avec une multiplication par deux de la production de ses « fines bulles ».
Enfin la féminisation en cours des métiers liés au vin, apporte aussi sa contribution sensible aux changements de modèle de production et de consommation du vin. Et si, en paraphrasant Jean Ferrat « La femme était l’avenir du vin » ?